Loi Alfred Naquet

L'antique loi Naquet de 1884 est curieusement toujours très vigoureuse. Son impact contenterait probablement ce député puis sénateur du dix-neuvième siècle qui n'avait eu de cesse de remanier les lois de l'Ancien régime pour réintroduire le divorce dans le champ de l'appareil judiciaire alors en formation lors de la deuxième et de la troisième république.

Cet homme politique n'avait pas l'idée de faire du divorce une chose simple et facile. Dans son esprit, il était nécessaire que les couples s'entredéchirent, s'accusent réciproquement de mille fautes. Il nous explique cela dans les livres et chroniques qu'il a écrits quelques années après la loi.

Grace à la communication Internet, nous y avons accès et nous pouvons alors juger en toute courtoisie ce que cet homme, probablement très perturbé, calculateur tortueux et torturé si l'on en croit les gens de son époque qui le critiquaient ardemment, avait osé imposer en France durant presque toute sa vie.

Une présentation récente de Alfred Naquet est effectuée dans Wikipédia. Au stade d'un article d'ébauche, mais déjà bien avancé, grâce au travail patient de nombreuses personnes de l'équipe de l'association et du groupe SOS Enfants du divorce.

Il reste à comprendre pourquoi le recours au divorce en consentement mutuel, mais aussi aux solutions souples et négociées telles que la médiation les propose, n'arrivent pas à dépasser ce que l'on peut appeler aujourd'hui "le marché du conflit". Pourquoi dans les mentalités, la loi Naquet est-elle si profondément ancrée, et surtout pourquoi l'appareil judiciaire dans son entier, fonctionne-t'il sans savoir en priver les conséquences pour les personnes impliquées, par arbitrage des conflits systématiques entre un bon et un mauvais conjoint, un bon et un mauvais parent, entre un demandeur ou une demanderesse et celui ou celle désigné dans toute requête par le terme "adversaire".

Alfred Naquet aimait bien que les gens se battent et se disputent. Il ne cessait lui-même d'invectiver la planète entière. Peut-on croire que la France d'aujourd'hui veuille encore se soumettre à des lois (ou des effets de lois) qui, bien qu'ayant suscité de nombreuses réformes, ne répondent plus du tout aux attentes des citoyens et des justiciables encore sensés.

Car il est très étonnant de lire encore dans les requêtes même conjointes et consensuelles, les convocations, un parent désigné "le demandeur", l'autre parent "l'adversaire". Cette question de forme ne saurait être corrigée sans remanier tout le fonctionnement même de l'appareil judiciaire.

Nous pouvons dire bravo à M. Alfred Naquet. Celles et ceux qui ont lu ses écrits (mais qui a lu Naquet ?), ne s'étonnent plus de nous voir dans un monde qui sur-judiciarise toutes les relations humaines, sans regard sur les pertes de santé générale et les dégradations des responsabilités que cela provoque.